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Channel: Le Miroir des fantômes
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La Classe volante : Génération perdue

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Suite à son visionnage sur le site d’ARTE, retour sur le titre de Kurt Hoffmann.

Un teuton La Guerre des boutons(Robert, 1962) ? Un codicille aux Disparus de Saint-Agil (Christian-Jaque, 1938) ? Affirmons un film sortilège, en forme de boule à neige, sans mausolée isolé, ni « bouton de rose » morose (Citizen Kane, Welles, 1941). Jadis scénariste de l’imaginaire, durant la guerre (Les Aventures fantastiques du baron Münchhausen, von Báky, 1943), le littéraire Kästner se met en scène, en abyme, prologue campagnard, sous le cagnard, épilogue pirandellien, à orphelin serein, compris, oh oui. La Classe volante (Hoffmann, 1954) bénéficie, à l’évidence, du savoir-faire de la cinématographie germanique, évitons l’énumération des noms, pourtant impeccables équipes « artistique », technique. Cet item moral, choral, cristallise, en effet, une « tradition de la qualité », au même moment moquée en France, comme il faut, par Truffaut. De manière explicite, symbolique, l’écrivain, flanqué d’un veau, veut prendre l’air, se rafraîchir, de l’hiver et d’hier se souvenir : voici donc sa propre adaptation d’un roman paru en 1933, ça ne s’invente pas. Tandis que le nazisme accède au pouvoir, merci à la démocratie, le récit se base sur un humanisme de bon aloi, fi du quant-à-soi, célèbre la solidarité d’une jeunesse tout sauf hitlérienne, encadrée, pas enrégimentée, par des adultes attachants, bienveillants, jamais condescendants, méprisants. Dans Allemagne année zéro (1948), le lucide Rossellini décrivait la mauvaise éducation nationale, sa contamination virale, jusqu’au suicide d’un fils parricide. Ici, la candeur domine, à l’écart de la grande ville, de ses vices, de sa police, de ses pantins sinistres. Métrage de « Heimat », « pays natal » encore à l’abri de la « catastrophe » fatale, opusde double spectacle, le sien, celui des collégiens, monté en parallèle, montré en acmé américaine, salle + public au miroir des nôtres, voire l’inverse, La Classe volante portraiture, dépourvu de rature, une alpestre utopie, joue avec la nostalgie, dépeint un petit paradis, où se battre, pas se blesser, où tomber, pas se tuer, où un brave professeur respecté, bien aimé, parvient, au moins un instant, à renverser/réparer la pauvreté de parents émouvants.

Il s’agit ainsi, bel et bien, d’un conte de Noël, d’une fable fraternelle, d’une histoire d’amitié(s), de masculinité(s), remarquez les couettes obsolètes du minot momifié. Trois femmes fréquentables s’affichent, toutefois, une infirmière célibataire, une maman malade, une mère morte. Car une mineure mélancolie, celle d’hommes meurtris, désunis par la vie, coule au creux et au cœur de cette école du Tyrol, lui confère sa douce tristesse de solitude(s) à plusieurs, on renvoie vers Capra (La vie est belle, 1946) ou Dante (Gremlins, 1984), autre tandem, à similaire succès, de rassurante ruralité tourmentée. Derrière sa fenêtre nocturne, le juste Justus ressemble à un gardien de phare, davantage qu’à un directeur d’internat, il veille sur ses enfants, point de son sang, il accomplit, chaque jour et chaque nuit, la promesse faite à son enfance, d’être présent pour écouter, soulager la souffrance. Le cadavre invisible, du gosse décédé, ne saurait inviter au désespoir, à tout voir en noir, au contraire, il convient d’accompagner, au quotidien, ces futurs citoyens. En matière, guère amère, de signe inversé, l’autodafé des cahiers procède, en sus, de la délivrance, au lieu de rappeler de médiatisés brasiers d’insanité. Presque une vingtaine d’années après, le romancier réalise, par conséquent, son projet, transposition du bouquin par ses soins, proposée pour rien, autrefois, à la soumise UFA. Son mélodrame modeste, lumineux, heureux, dépourvu de pathétique, de tics, conserve, en 2020, son élan en noir et blanc, ne cède à l’amnésie, réinvente la vie et réenchante l’existence, constitue l’aimable revanche d’un auteur vacciné contre la rancœur. Si, à titre personnel, cinéphile, me sied, assurément, le romantisme sombre, désarmant, outre-rhénan, de Marianne de ma jeunesse (Duvivier, 1955), je sais apprécier, en dépit de son conservatisme, de son œcuménisme, de son solipsisme, de sa chasteté, de sa linéarité, de sa naïveté, le plaisant, à défaut d’enivrant, La Classe volante, images en hommage, au large des dommages, des outrages. 


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