L’épouse et le pussy…
Quine, quoi, revisite Vertigo(Hitchcock, 1958), il le retravaille illico : même couple, même décor, fable de fascination féminine, une fois encore. Dans Sueursfroides, la déjà féline Kim quittait un hôtel, on se demande comment ; dans L’Adorable Voisine (1958), le fantastique s’affirme, car elle incarne une sorcière sentimentale, aussi éprise d’humanité, par conséquent de mortalité, que les anges en errance de Wim Wenders (Les Ailes du désir, 1987). À Noël, à domicile, sa magie blanche s’exprime. Plus de dédoublement machiavélique, ni de nudité d’une noyée suggérée, juste l’érotisme discret d’une robe noire, du soir, ouverte en V, sur le dos d’albâtre de Mademoiselle Novak. Magnifiée par un objectif énamouré, peu objectif, celui de son compagnon d’alors, l’actrice captivante appelle son propre chat, nous considère en regard caméra. Le mariage de Jimmy Stewart, grisonnant, sirotant, papotant, s’étranglant, elle s’en fout, elle caresse son minou, dénommé en souvenir d’un esprit réputé satanique, chic. Une dizaine d’après, toujours à New York, Mia Farrow affrontera la cabale inamicale, congénitale, de Rosemary’s Baby (Polanski, 1968). Pour l’instant, la séduction, au sens étymologique, mystique, voire moralisateur, du terme, se déploie, entre toi et moi. Comme chez Hitch, la lumière change, modifiée par l’éclairé James Wong Howe, devient verte, une voix de femme fredonne, à l’unisson sur la bande-son, tressée à la logorrhée du cher éditeur, aux ronronnements de la bestiole béate, aux cordes évocatrices de George Duning. Soudain, la perspective permute, on voit le manitou à travers les yeux du matou, remarquez les deux paires des deux espèces en train de se surplomber, d’exercer en simultané, en tandem,leur joli sort jeté de je t’aime.
Le type apparaît vite en noir et blanc, en image déformée, étirée, compressée, licence poétique, cinématographique, puisque la vraie vision de l’animal en question se caractérise, des spécialistes nous le disent, par une largeur de champ à la nôtre supérieure, par du daltonisme nyctalope, allez hop. L’homme en costard, engagé, sent le danger, pas trop tard, il se lève, s’en va, entend le tune. Un travelling avant et un violon vaillant valident la réussite du sortilège, amorcent le manège. Judy ne se déguise plus en Madeleine au sortir de sa salle de bains, parce que Scottie le vaut bien, chignon pas en option, elle attire vers elle, sous un sombre soleil, à côté d’une bougie, pour la Bible tant pis, à proximité de la clochette suspecte au cou du siamois, oui-da – bell, book, candle, donc, titre d’origine, matériel d’excommunication, ah bon –, son ersatz d’Ulysse domestique, soumis à sa sincère sirène, dotée d’un « blond lavande », diantre. Le face-à-face affiche et corrige le profil fatidique, en solo, du rouge restaurant de Vertigo, ensuite suivi d’un court travelling, exit celui, à 360°, de l’écurie obscure, de la chambre colorée, sacre de baiser ensorcelé, les bipèdes espionnés à distance, en hauteur, par l’impassible Pyewacket, son point de vue distordu annonçant bien sûr le voyeurisme de la vidéo-surveillance. En moins de quatre minutes, « montre en main », le réalisateur donne ainsi à voir et ressentir la réalisation d’un souhait, d’un désir, d’une emprise, d’un empire. Sous le charme, sens sorcier, de la dame, l’Américain, très moyen, expérimente, le spectateur et la spectatrice avec, les puissances de l’image, du visage, du son, de l’incompréhension. Sueurs froides nous égarait, nous mettait en garde ; L’Adorable Voisine nous amuse et ne nous déprime…