Un métrage, une image : Pierrot, Pierrette (1924)
À Jacqueline, cinéphile enfantine
Fi de Fantômas (1913-1914), au plaisir Les Vampires (1915-1916), exitJudex(1917) : Pierrot, Pierrette appartient à la seconde partie et à la fin de la filmographie de Feuillade, qui se fiche des années folles, qui se soucie de gosses, qui alterne séries et unités. Feuillade filme en famille des familiers, flanqué de son beau-fils/directeur de la photographie/monteur Maurice Champreux, de son tandem de minots d’édifiants mélos, Geneviève Juttet (akaBouboule) & René Poyen, parce qu’ils le valaient bien, rapportaient du pognon à la Gaumont, ironie pas si jolie du spectacle acceptable de la misère douce-amère. Rien de surréaliste et sexyici, ni d’anarchiste non merci : Pierrot, Pierrette pasteurise ainsi l’inspiration d’hier, d’avant-guerre, son histoire sans désespoir basée sur un foyer paupérisé séparé, retrouvé, élargi, ravi. Le moyen métrage commence à Nice, au cours du carnaval, affiche des enfants, des adultes applaudissant puis menaçants, exploitant les précédents, pourtant personne ne le prendra pour une esquisse de À propos de Nice (Vigo, 1930), une réplique prophétique de Zéro de conduite (Vigo, 1933), plutôt une réponse placée du côté rose, cf. la conclusion de réunion, occultons la révolution. Afin qu’inextremis la bienfaitrice factice – toujours se défier des donneurs de leçons, des autoproclamés humanistes de bon ton, des pseudo-spécialistes de la santé, de la société – se fasse une raison, ne revienne à la sienne, il faut que notre duo la débarrasse illico du cambriolage subito d’un vendeur de casseroles pas drôle, désireux d’apprendre au bout de chou la différence entre des francs et des sous. Le cinéaste satirise certes sa bonne bourgeoisie éprise de protection et de déportation, effarée par la performance en public, sur la voie publique, atterrée par la piaule pathétique, reste de cirque, du grand-père fier et vénère, lui file des patronymes – Hector de Vieillenoy & de Sombreuse – amusants, éloquents, transparents, sus aux gamins mendiants, vive l’asile, l’apprentissage, l’orphelinat, oui-da, mais il la rédime en définitive, transforme son insanité méprisante en hospitalité reconnaissante : l’ingérence devient donc une deuxième chance, la coercition cède sa place à la communion. Poétiquement soigné, délesté de modernité, politiquement conservateur, pas de police, pas de bonheur, Pierrot, Pierrette s’avère un divertissement honnête, un film muet sachant le son à bon escient utiliser, je pense à la séquence de la sérénade du sang, une comédie dramatique empreinte de pédagogie presque à la Collodi, tant pis pour la colère de Comencini (Les Aventures de Pinocchio, 1972), adieu les artistes, pas riches, pas tristes et bienvenue aux petits parvenus…