Un métrage, une image : Le Piège à cons (1979)
À Jacqueline, ou à Bakounine
Muni d’un thème musical inepte, surutilisé jusque à la nausée, ponctué de courses-poursuites empruntées au slapstick, Le Piège à cons constitue donc la vraie-fausse suite de Solo (1970), sinon de L’Albatros(1971), surtout une comédie noire terminée par un double meurtre de désespoir. Mocky s’y souvient de Malraux, trafiquant connu de sculptures du cru, de Delacroix, sa célèbre et à demi dénudée Libertéguidantlepeupledélocalisée parmi un panier à salade, il fallait y penser, oser, se moque des annonces sexuelles du bobo NouvelObs, il relit aussi, à l’économie, la cavale de Clyde & Bonnie, désormais relookés en « terroriste » amatrice et professeur (un) peu en fureur. Durant le gouvernement finissant de VGE, rien ne va bien, rien ne va mieux, comme le constate illico l’exilé, aux diamants indonésiens sous le nez des douaniers passés. Rayan revient, pas vingt ans après, presque, point mousquetaire, plutôt amer, il rapplique à cause des épîtres d’un ex-élève, auquel il veut éviter les emmerdes, il va lui-même s’y mettre dedans jusqu’au cou, en écho au crâne d’œuf fini, enfoui, bien fait pour lui, au sein d’une fosse à purin, digne suaire en plein air de milicien, d’ailleurs tabasseur d’amie vite mise au lit. Troquant la pin-up de cabaret contre la secrétaire mal lunée, déterminée, avec laquelle il s’engueule, autre manière de dire je t’aime, en tout cas ainsi nous l’enseigne la comédie sentimentale américaine, le philosophe à petit livre rouge évidemment révolutionnaire, écrit afin d’y voir et d’agir clair, une « révolution intelligente » (re)faire, descend au Havre, se fait descendre à Dieppe, entre-temps ne végète, (pré)occupé à temps complet, on ne compte plus ses ennemis, policiers publics, privés, parti politique pourri, pléonasme, appelé PPR, inversion de saison, matriarcat pas sympa, Madame Foron subit une médiatique infamie, camaraderie rassie, recyclée en écologie. Ni film anti-flic et mélodramatique à la disons Adieulescons(Albert Dupontel, 2020), ni apologie tardive de l’action directe, retransmise en direct, LePiègeàcons ressemble à un requiem superficiel, façon farce, fuite à la Feuillade, celui de Mai 68, celui d’un pays déjà en repli, rempli de manifestants doués du don d’ubiquité, au slogande maintenant, « 35 heures ! Pas de chômeurs ! », de rances balances, vive la voisine, de types en train de souffler (dans l’alcootest), d’être sucé (près du père, les psys apprécient). Si Jacques Legras, à contre-emploi, compose un commissaire sans frime, magnanime, éclairé, préretraité, Catherine Leprince mérite que l’on en pince (pour elle), pasionaria sortie de dépression, motarde au romantisme noir, sister d’Yseut, d’Eurydice, némésis d’Église capitaliste, hypocrite, appréciez le drapeau blanc planté, fatal, compagne affamée, au foie gras, de foire métaphorique, de camion explicite, HOLD UP en prime, de camion, encore, de gaz toxique, au « clown » éloquent inclus. La solution, la survie, résideraient, en définitive, dans la neutralité apolitique, sentimentale, fraternité de frérot guère rigolo ? À toi d’y croire.