Un métrage, une image : Le Bagarreur du Kentucky (1949)
Ce western sentimental et territorial, méconnu et mésestimé, s’avère vite un divertissement souvent amusant, toujours intelligent, un film d’amour et d’amitié, par la réalité miroitée, voire l’inverse. Wayne interprète et produit, implique son pote Oliver Hardy, paire improbable et cependant indiscutable, tous les deux dirigés par une vieille connaissance, George Waggener par ailleurs réalisateur d’un Le Loup-garou (1941) pas relou, tandis que le patron de Republic Pictures, studio désargenté, chaque cinéphile le sait, en profite pour cas(t)er sa compagne puis épouse, ouf. Aprioriécrit en catimini par un Border Chase non crédité, c’est-à-dire par un scénariste spécialisé, auquel devoir les histoires de LaRivière rouge (Hawks, 1948), Winchester ’73 (Mann, 1950) ou VeraCruz (Aldrich, 1954), qui ressuscite ici une curiosité historique, à savoir l’acclimatation forcée de colons français, LeBagarreur du Kentucky bénéficie aussi du beau boulot du directeur photo Lee Garmes, partenaire ès lumière de Sternberg (ShanghaïExpress, 1932), Hawks again (Scarface, idem), Korda (Le Livre de la jungle, 1942) ou Vidor (Duel au soleil, 1946). Fi de fière cavalerie américaine, voici à sa place la napoléonienne, puisque Eagles in exile, joli titre explicite de script original. En coda, le complot fond en fiasco. Auparavant, John Breen presque déserte, joue au géomètre, séduit une fifille de général, s’en trouve mieux et mal, s’extraie du guêpier d’Ann Logan, guitariste irrésistible, à chanson de pendaison, certes pas celle de « l’étrange fruit » de Billie, assiste à du rugby aromatisé au rhum, développé en pugilat, tous à la soupe, se vautre au violon, comique plutôt que con. Doté d’une toque en castor, d’un cœur en or, il apporte à la convaincante et décolletée Vera Ralston « romance et aventure », il l’exhorte à l’abandon de la tradition, déménage avec moi, marie-moi, on adore ça, en Alabama, bientôt État, il démasque la pragmatique, ou davantage machiavélique, Marie Windsor, l’argent fait le gisant, il ne cède à la nostalgie de Willie, il visite à domicile le modeste musée de la gloire impériale (dé)passée, cours en accéléré. Que ne ferait-il, en effet, afin d’affranchir la femme française, audacieuse, malicieuse, de l’opus soigné, sympa ?