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Channel: Le Miroir des fantômes
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Le Festin nu

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Un métrage, une image : Le Souper (1992)

En apparence, ce repas concerne l’État ; en réalité, il se soucie surtout de ciné. Plus de vingt ans avant Diplomatie(Schlöndorff, 2014), reconstitution aussi dispensable de décisif duel idem, voici le spectateur prié d’assister à une leçon de cynisme, assortie de gastronomie. Les tandems drolatiques, Molinaro les manie, les maîtrise, rememberL’Emmerdeur (1973) ou LaCageauxfolles(1978), d’ailleurs deux autres transpositions théâtrales. Point de Poiret, arrière, Veber : Brisville rempile, la TV, publique et privée, co-produit, l’ambassade de Pologne prête sa piaule à Paris, au générique on remercie le sieur Łukaszewski. Précisons que ce souper soigné, très réchauffé, assez insipide, appartient autant à Yves Rousset-Rouard, ici co-scénariste et producteur, de la franchiseEmmanuelleen partie possesseur, du diptyque des Bronzés (Leconte, 1978 + 1979) de fait financier, à Michael Epp, cadreur et directeur photo, doté d’un rigoureux brio, sur Pour 100 briques t’a plus rien ! (Molinaro, 1982) jadis déjà au boulot. Parsemé, jusqu’à la nausée, de « bons mots », à transformer fissa, n’en déplaise à Truffaut, en modèles de mesure ceux de Jeanson & Co., Le Souper fait donc s’affronter l’insinuant Talleyrand, le défait Fouché, c’est-à-dire Rich & Brasseur, ce dernier de surcroît récompensé d’un César dérisoire et mesquin, puisque Claude son partenaire itou en méritait un, ou alors il ne fallait le filer à aucun. Au milieu de ces mecs criminels et foncièrement malhonnêtes, une femme malheureuse et silencieuse fait de la figuration fantomatique, caméo en duchesse de Dino de la trop rare Alexandra Vandernoot, tandis que la costumière Sylvie de Segonzac livre un travail impeccable. Portée par un supposé esprit, ponctuée de doloriste psychologie, l’entreprise classée culturelle du Souper se voit ridiculisée, in extremis, à domicile, via la citation laconique et explicite d’un Chateaubriand cinglant et clairvoyant, auquel Piccoli, presque en catimini, donne sa voix, oui-da. En dépit de tout ceci, il s’agit en sus, part plutôt appréciable, diégétique et symbolique, miroitement de la dimension méta, d’un film funèbre, à foule faiblarde, tenue à l’écart du spectacle intimiste des ressuscités duettistes, par la coupe du montage, la montée de l’orage, démonstration d’évocation du son et du désir réalisé d’une seconde restauration, d’un nouvel ancien régime, celui du règne du dialoguiste et des pseudo-biographiques films.


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