Un métrage, une image : Taureau (1973)
Ce mélodrame rural, familial et sentimental, s’apprécie assez, en portrait à charge de la Beauce québécoise, idem en modification, sinon en didactique démonstration, du fameux motif du bouc émissaire. À chacun son bestiaire, aujourd’hui, hier, et l’opusde Clément Perron donne donc à voir un type très costaud, un peu dingo, dénommé Taureau. Sa mère et sa sœur se prostituent, la première lui laisse espionner, sans malice, à travers d’un plancher l’interstice, sa poitrine topless, sa sombre culotte transparente, sorte de strip-tease inversé, rhabillé, plutôt malheureux qu’incestueux, la seconde presque se fait violer, par plusieurs mecs cachés au milieu d’un chantier, elle devra son salut au « niaiseux » moqué, par elle en vitesse sur la joue embrassé. Taureau, quant à lui, vénère son papounet décédé, soldat d’autrefois, capable de parler anglais, cependant à l’image de son descendant, à savoir alcoolisé. Tout autour, au sein de ce simulacre américain, à l’accent insistant, au lexique exotique, en tout cas pour une franco-française acoustique, on le ridiculise, on le redoute, on le désire aussi. Dans un plan signifiant, le rire ironique de sa maman paraît empêcher le reste de la communauté, évidemment immaculée, de dormir en paix, ou après la prière de s’accoupler. Impressionniste et rétrospectif, Taureaucommence et se termine près d’une grange, agora de Canada, où exiger, menacer, des coups de feu tirer en société, quelle liesse, quelle tristesse, camion de ravitaillement compris, pardi. À l’intérieur, Taureau se tient au chaud, au creux soyeux, entre la poitrine parfumée, de la douce Denise, institutrice qui le comprend, le défend, l’aimer apaisée voudrait tant. En dépit de souvenirs de plaisirs, d’instants d’avant plaisants, Taureau ne saurait infineafficher inextremis un armistice. Il faut se défaire de la famille affreuse, il convient de ne contester le conservatisme, son hypocrisie pourrie, il convient de continuer à s’astiquer en pensée, au troquet, solidaire salacité, au sujet de la MILF et de sa fifille, tout en matant, de temps en temps, du porno en millimètres, obsolète, en noir et blanc d’antan. La troupe la porte ouvre, avise le cadavre pendu, pleuré par ses femmes riantes revenues, à maison en sus mise à sac, cruel tabarnak.