Un métrage, une image : NightJourney (1977)
« Mademoiselle Lee » s’ennuie. Elle bosse dans une banque, un collègue la baise, tard le soir, liaison à la maison, à sa convenance et selon les convenances. L’éjaculateur précoce empeste l’alcool et trouve le mariage emmerdant, il le lui dit de but en blanc. À Séoul sans foule, elle réside esseulée, au sein d’une résidence désertée. Autrefois, au pays de l’enfance, de l’adolescence, à proximité de la plage, un professeur la dépucela, puis au Vietnam trépassa, elle fila fissa, elle visite sa tombe parfois, au cimetière militaire visible depuis sa vitre, dont le garde casqué fait semblant ne pas l’observer, à la descente du bus, ses bas en souriant arranger. Elle erre au creux des rues nocturnes, elle croise un autre employé de l’usine à billets, immédiat marié déjà dégrisé par la non-virginité de sa miroitée moitié. En congé presque imposé, elle régresse en gamine, elle revoit sa mère, sa sœur, elle se souvient à vélo, elle séduit un ancien copain illico, veuf à moto, petit patron falot. En ville, en surplomb, elle avise un type en train d’être menotté ; sur le même pont, un second l’entravera, ailleurs la violera, rêve éveillé ou réalité avérée, voire désirée, à vous de décider. La Lee s’imagine en Bonnie, paie le café, amusée, de son Clyde carapaté, mime des minots, joue à leurs jeux idiots, frappe un punching-ball, toutefois ne décolle. La boxeuse malheureuse, masquée, malgré l’amant magnanime, sans répit déprime, descend inextremis du train qui l’emmenait vers son destin d’épouse sur le déclin, reprend son train-train parmi la cité glaciale, comme en catalepsie du capital. Cinéaste stakhanoviste, porté sur l’adaptation littéraire, Kim Soo-yong signe ainsi un portrait impressionniste, empathique, de femme frustrée, antithétique, incarnée par l’impeccable Yoon Jeong-hee, longtemps après récompensée pour le parfois prosaïque Poetry (Lee Chang-dong, 2010). Au croisement de la satire, de l’étude de mœurs, du mélodrame et du « roman rose » à la sauce japonaise, NightJourney dialogue à distance avec A Woman Under the Influence (Cassavetes, 1974), donne à entendre une version acclimatée du LoveStory (Hiller, 1970) de Lai, une version fredonnée du Lastrada (Fellini, 1954) de Rota et visualise, via ces vacances, une envoûtante vacance…